Le joli nom du moustique anophèle


Le moustique anophèle femelle transporte le parasite responsable du paludisme ou malaria, autrefois appelée maladie du « mauvais air »…  Jusqu’au  XIXème siècle une grande partie de l’Europe était concernée par cette maladie dont l’Angleterre, l’Italie et la France. La maladie a disparu de cette région suite à l’assèchement des marais et des zones insalubres.

Au Burkina Faso, c’est la première cause de décès et d’hospitalisation.

Le matin des vacances de Toussaint (nous étions alors à Banfora, une ville au Sud-Est du Burkina) où je me suis réveillé avec mon premier palud, je me sentais un peu courbaturée, avec une grosse envie de rester au lit toute la journée, pas d’appétit, même face à un appétissant petit déjeuner continental. Le bout de pain que je me suis forcée à avaler était déjà de trop dans mon estomac… Quand je suis allée chercher mon gilet alors qu’il devait faire  28°, Pavel a insisté pour que je fasse une goutte épaisse (examen qui consiste à piquer le bout du doigt pour en récolter deux ou trois gouttes de sang).

Banfora est doté d’un grand hôpital régional, propre et équipé, avec une vue imprenable sur les collines verdoyantes. C’est là où nous avons passé nos 5 derniers jours de vacances.

Après avoir été prise en charge par un médecin jovial (« ah! mais c’est un gros palu, ça, même pour nous! En plus vous êtes un sujet neuf… Vous voilà devenue une vraie burkinabè, maintenant! »), je me suis retrouvée allongée aux urgences avec une perfusion remplie d’une triple dose de quinine.

Mes principales activités des jours suivants se résument à (symptômes de la maladie et effets secondaires du traitement conjugués) :

– nausées et vomissements, la première journée

– vertiges et sifflements dans les oreilles (3 jours)

– température qui varie de 40 à 37 (pendant 5 jours)

– en conséquence, suées surabondantes suivis de grelottements.

Je dois dire que je ne me souviens pas vraiment des trois premiers jours.

Dans ma chambre 5 étoiles de l'hôpital de Banfora

Nous avons pris une chambre individuelle où se trouvaient un climatiseur, un lit médical et une bonne centaine de moustiques, les antennes frétillantes et la pompe alerte. La suite du séjour nous prouve que nous avons cohabité avec au moins une anophèle femelle… Pavel s’est donc lui aussi chopé son palu, le deuxième jour. Cette nuit-là, nous entendîmes crier un homme. Ce n’était pas, pour moi, des cris de douleur, mais des cris de stupeur, d’effarement, d’incompréhension.

Le lendemain, en fin d’après-midi, je décidai de sortir sur la terrasse, et je vis un homme jeune adossé au mur, assis à même la terre. Respirant difficilement, il semblait happer l’air par grandes bouffées. Une femme lui a apporté de l’eau et l’a aidé à boire. Des gens s’arrêtaient pour le regarder. Le gardien écoutait une chanson triste de Céline Dion sur son  portable. Une fillette jouait. On a demandé ce qu’on pouvait faire pour l’aider. Rien, répondit le gardien, c’est la fièvre jaune.

Il n’était plus là le lendemain.

Nous sommes sortis le cinquième jour, direction Bobo-Dioulasso, puis Ouagadougou, arrivée à 2h du matin.

C’est le moustique Aedes qui porte, quant à lui, le parasite de la fièvre jaune. Il existe un vaccin contre cette maladie, mais pas de traitements. Sans argent, sans vaccin, les gens qui viennent mourir contre les murs des hôpitaux ressemblent à des poissons hors de l’eau.

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Une réflexion sur “Le joli nom du moustique anophèle

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