Burkina-Faso, Sahel-2 Gorom-Gorom – Markoye


Le campement Wouroutou (« le monde est à vous ») à Gorom-Gorom  (« assieds-toi, allons nous asseoir ») est tenu par un anglais et un jeune homme, Amah. Nous avons le temps de nous débarbouiller au seau (je suis initiée depuis la veille à la douche à l’africaine), de manger un couscous, et nous reprenons la route pour le village de Markoye situé à une trentaine de kilomètres au Nord pour le jour du marché. Dans la région, chaque village a un jour de marché et celui-ci est réputé pour ses bêtes. Sur la route, le paysage change , les arbustes sont plus clairsemés, et leur tronc zèbrent de noir le tapis des graminés blanches. C’est la savane tigrée.

Nous sommes accueillis à Markoye par un officier de police qui contrôle les papiers de la moto. On doit s’inscrire sur un registre et noter notre prochaine destination… L’Ambassade de France nous avait prévenu, cette région est fortement déconseillée aux touristes à cause des risques d’enlèvement, et nous n’en avons pas encore croisés, d’ailleurs. La région n’a pas besoin de cela, le tourisme est important pour l’économie dans un lieu où ne pousse que le mil (les sols sableux ou argileux-sableux ont une très faible valeur agronomique), où régulièrement la population jeûne à cause d’une saison des pluies trop pauvre ou d’une saison sèche trop longue, où les maladies frappent plus durement et plus souvent à cause de la malnutrition, de la qualité de l’eau, où on ne trouve pas non plus tous les médicaments nécessaires. A Markoye, les 25 000 habitants vont chercher l’eau au puits…

Un enfant nous suit pour récupérer le « bidon » (la bouteille de sprite) une fois vide. Dans la poussière de la place, vendeurs et acheteurs marchandent le prix des bêtes. Les vaches nigériennes arborent des cornes monumentales. J’aurais aimé m’asseoir un moment, contempler les troupeaux immobiles, la lutte vaine des taureaux qu’on emmène malgré tout et le regard patient des vieillards assis sur de vieux cartons dépliés, mais le temps presse. Il reste encore tout le marché à visiter, et on aimerait éviter de rentrer la nuit.

une vache nigérienne et ses cornes

Sur le marché, tout de bois et de sable, nous sommes les seuls touristes. La foule est dense, compacte. On fait attention pour ne pas piétiner les marchandises déposées à même le sol : colliers, parures, vêtements, chaussures, épées, pièces de rechange et pneus pour les motos, nourriture, produits de la pharmacopée traditionnelle. On se faufile comme on peut au milieu d’une masse colorée. Les jeunes femmes ont mis leurs plus beaux vêtements et se sont parées pour l’occasion. On peut différencier à leurs coiffures et à leurs habits les femmes peulhs, bellas, touarègues, sonraïs, tamasheqs ou gourmantchées. Les pagnes et les boubous sont souvent jaune et bleu, agrémenté de rouge. Des bijoux d’agathe décorent les coiffures des jeunes filles, des pièces d’argent blanc pendent lourdement de leurs tresses. Les visages portent les marques cicatriciels qui rappellent leur appartenance à un clan. Elles marchent en groupe, les mains et les pieds sont teints au henné. Les hommes touaregs sont couverts de leur chechs vert, bleu indigo ou pourpre. Sur le côté, ils portent tous une épée.

Le temps est trop court pour apprécier la ville et le marché. On a envie de s’y perdre, de s’abandonner à son souffle, à ses mouvements de marée. Mais le soleil décline et il faut rentrer. La nuit se lève tôt, les routes ne seront pas éclairés, et Gorom-Gorom est à trente km. Sur le chemin du retour, le soleil disparaît derrière des nuages oranges. On se fait une fois de plus arrêter à l’entrée de Gorom-Gorom. Le gendarme plaisante avec nous, nous demande si on a aimé le marché, et la région…

les femmes discutent le prix des tapis

Les jeunes femmes se font belles pour le jour du marché

Dîner à la lampe à piles au campement.  Le lendemain, il nous faudra nous lever tôt pour une ballade à dromadaire.

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7 réflexions sur “Burkina-Faso, Sahel-2 Gorom-Gorom – Markoye

  1. coucou les voyageurs.les nouvelles qui nous arrivent de la région…Niamey et les deux jeunes français enlevés hier et tués,me remplissent d’inquiétude.Restez vigilants dans vos déplacements..
    Je sais, la vie continue.
    Que les dieux accompagnent vos pas
    Génial le marché de Markoye

    • Nous sommes à Ouagadougou… Au Burkina Faso, à priori, il n’y a pas d’inquiétudes à se faire! Tous les guides de la région du Sahel, en tout cas au Burkina, sont très vigilants, car le tourisme est leur gagne-pain. Ils se connaissent tous, et se tiennent informés de tout ce qui se passe… Mais tu as raison. Il faut rester vigilant!
      Bises

  2. J’adore cette photo de vous au milieu des jeunes filles du marché ! tu m’y fais penser à Isa des Passagers du vent.
    En tout cas, bravo et merci pour tes photos et tes textes qui m’ont permis de voyager à vos côtés! Heureuse de voir que tu n’as pas attrapé que des mauvaises maladies au Burkina : j’espère que tu ne te soigneras pas de sitôt de cette belle fièvre d’écriture !

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