Bobo Dioulasso – Banfora (-1)


Je reprends dans cet article le récit d’un voyage  qui s’est terminé à l’hôpital de Banfora au mois d’octobre 2010 – sur cet épisode, lire ici).

Par sa population Bobo Dioulasso est la deuxième ville du Burkina Faso. Littéralement, c’est la « maison des Bobos et des Dioulas ». Située au Sud-Ouest, elle est plus fraîche pendant la saison chaude et plus chaude pendant la saison fraîche.

C’est une ville verdoyante et moins poussiéreuse que Ouagadougou, où trône une immense gare neuve et blanche. On visite Bobo surtout pour sa mosquée en terre, son vieux quartier traditionnel rouge aux ruelles étroites, ses marchés d’artisans. Dans son zoo abandonné (les animaux ont été relogés dans celui du président) vit une vieille guenon qui fume, boit du fanta, et délace les chaussures des toubabous.

A Bobo Dioulasso, j’ai aimé marcher le matin de bonne heure dans le vieux quartier, croiser les femmes qui préparent les repas, penchées sur leurs canaris ou leurs foyers fumants; au détour d’une ruelle, humer les odeurs du mil que des vieilles font fermenter pour préparer le dolo, puis boire le liquide déjà tiède dans une calebasse (cela ressemble un peu au cidre en plus fort); marcher encore dans le vieux quartier où le temps s’est oublié, regarder les vieux forgerons travailler comme avant, et les musiciens tourner un video clip sur un toit de terre.

A quelques 15 ou 20 kilomètres de la ville, en pleine brousse, il y a une chute d’eau où on sacrifie des animaux aux poissons sacrés. Cet endroit s’appelle Diafra. Le Burkina Faso est considéré comme un pays musulman mais les pratiques animistes y sont encore très vivantes, dans les villages comme dans les villes. Les poissons sacrés de Diafra et de Bobo (tout comme les crocodiles sacrés de Bazoulé, à trente kilomètres de Ouaga) sont considérés comme des dieux vivants, des esprits que l’on honore et dont on implore la protection. Quand l’un d’eux vient à mourir, des fêtes dignes de grandes funérailles sont organisées. Pour se rendre à Diafra, il faut rouler en moto une bonne demi-heure sur une piste minuscule, pleine de trous, de virages puis marcher encore une vingtaine de minutes en pleine brousse. On descend alors le long de marches de grès, dans l’ombre fraîche des arbres. Il flotte, mélangées confusément, les odeurs de l’eau, du sang, des plumes et des peaux de chèvres mouillées. Les plumes tapissent les rochers, et les restes de peaux d’animaux pendent entre les lianes.  On est venu avec un poulet vivant qui gigote et hurle convulsivement. Un jeune homme l’égorge en entonnant une prière rituelle, dans une niche aux creux de la roche, puis il le vide, et le rôtit. Les entrailles de l’animal sont alors données au poissons silures dont nous apercevons rapidement les bouches immenses.

Photo de Pavel Krasnovskij.

Il est temps de repartir, le soleil s’apprête à rejoindre l’horizon derrière les falaises rouges.

Nous sommes à moto lorsqu’une des dernières averses de la saison nous tombe dessus, violente et rude comme une gifle de grêle.

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