le voyage


On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels.

                                                   Nicolas Bouvier, L'usage du monde, 1963

Le voyage commence avec le premier pas

la première cicatrice

on s’arrache à sa peau d’avant et ses oripeaux

on se rape jusqu’à la corde jusqu’à découvrir le dernier fil, fragile, qui nous tient debout,

s’écharner est une nécessité

sur le second pas, on veut s’anéantir un peu plus loin

on rêve de pouvoir enfin maintenant ici ouvrir les yeux derrière les yeux fermés.

se débarrasser de la trouille et de son affligeant sourire de vainqueur

au mouvement suivant, tout laisser entrer puis traverser et ne rien garder.

Dans un souffle, rester vierge, un désert à fertiliser, un espace libre à venir,  à remplir et à effacer.

Vide, accepter le manque qui tenaille et nous meut. L’aimer. Le désirer puisqu’il est.

Et puis, repartir à nouveau.

 

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5 réflexions sur “le voyage

  1. Joli mais un peu fort, Nicolas Bouvier ne va pas jusque là. Surtout que l’époque a changé, nous ne sommes plus dans l’autoritarisme de castes d’hier. On ne voyage pas comme on se drogue, pour se fuir et s’écharner, on voyage pour mieux découvrir les autres et l’ailleurs. Donc pour mieux se connaître et relativiser les injonctions sociales de sa propre culture. Tout Romain emporte la romanité à la semelle de ses souliers.

  2. Merci pour ce commentaire.
    J’aurais dû écrire « je » et non pas « on », plus simplement.

    Mon texte n’illustre pas Bouvier non plus qu’il le prolonge, ce sont mes réflexions personnelles suite à cette lecture et mon interrogation sur la façon dont je vis le voyage.

    Bien sûr je peux invoquer les motifs socialement-politiquement corrects (se découvrir soi en découvrant l’autre et l’ailleurs), qui ne sont pas tout à fait faux, mais j’aurais le sentiment de ne pas être sincère, pas entière. « Un voyage se passe de motif », d’ailleurs, disait aussi Nicolas Bouvier.
    Je n’ai pas eu le sentiment de parler de fuite non plus, mais au contraire, de la volonté de se dépouiller au maximum de sa peau sociale, convenue, pour être davantage présent à la rencontre. S’écharner est un mot un peu fort? Mais ce travail est un peu douloureux ou au moins demande un effort, non?

    Je ne peux m’empêcher aussi de citer Michaux dans Clown:

    « Un jour, bientôt peut-être,
    Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers

    Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien.
    Je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
    Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
    (…) »

  3. Voilà un joli blog que le tien et qui donne envie de découvrir l’Afrique sans passer par les circuits touristiques !
    Je suis assez d’accord avec Argoul : on ne comprend jamais mieux sa propre culture qu’en la confrontant avec les autres. Un voyage est pour moi un enrichissement, le plaisir de découvrir et d’échanger.
    J’espère que j’aurai l’occasion un jour de découvrir l’Afrique. En attendant, je reviendrai rêver ici !
    Bon voyage à toi !

  4. J’adore la radicalité et la force de votre texte sur le voyage.

    Je le partage entièrement, absolument, totalement.

    Oui, un voyage se vit ; j’ajouterai qu’un voyage s’invente, et s’écrit au fur et à mesure des découvertes.

    Je vais flâner, me perdre dans vos textes avec bonheur et découvrir un peu de ces pays que je ne connais pas

    Bien à vous

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