Visite dans un village peul 1- Fari l’ânesse


Marion et moi, nous avons passé deux jours à Dori et à Bani, aux portes du Sahel.

Après avoir déambulé sur le marché de Dori (photo, texte), nous avons visité et rencontré les habitants d’un village peul, situé à une heure en charrette de Dori. Mais l’âne qui tire notre charette ne semble pas aimer la route, il ralentit l’allure, tente des échappées à droite et à gauche, baisse les oreilles avec mauvais humeur. Un camion ou deux camions chargés jusqu’à la gueule nous croise… Les coups de bâtons pleuvent sur le dos de l’âne, rouvrant une petite plaie qui se met vite à saigner. Je repense à l’histoire de Fari l’ânesse, un conte africain qui raconte pourquoi les ânes sont condamnés à être « les esclaves des esclaves » selon les mots d’Hamadou Koumba.

Il y a bien longtemps, en ces temps lointains où ni maladie, ni vieillesse ne frappait les êtres vivants, une grande sécheresse avait sévi au pays des ânes. Certains disent que ces derniers avaient commis une faute impardonnable qui avait conduit le Tout-Puissant à les punir. En réalité, personne ne connaît la cause de cette catastrophe qui a mené la reine des ânes, Fari, à prendre la route avec ses suivantes pour trouver une terre plus riche et fertile. Arrivée aux pays des hommes où les céréales poussaient en abondance, la reine réfléchit. Comment profiter de toutes ces richesses? Connaissant les faibles des mâles pour les femelles, elle décide de se transformer en femme. C’est ainsi que métamorphosée en une belle jeune femme Fari et ses suivantes vont se baigner dans un lac. Le sage du roi qui passait par là la remarque. Il convainc le roi de se rendre au lac pour admirer cette nouvelle venue. Le roi tombe amoureux, ils se marient. Mais Fari et ses suivantes ne sont pas heureuses à la cour. Tous les soirs, elles se rendent au lac où elles retrouvent leur apparence pour ruer, braire, se rouler dans la poussière et péter à tout rompre. Elles chantent la chanson de Fari :

Fari Hi!Han!

Fari est une ânesse!

Mais un soir, le sage du roi (encore lui!) qui revenait d’un pélerinage croise sur les bords du lac la reine et sa suite. Il se cache et surprend la métamorphose. Le soir suivant, il va voir le griot et lui chante la chanson de Fari. « Ce soir, dit-il, tu chanteras cette chanson pour le roi et la reine ». Le griot veut en savoir plus sur cette chanson mais le sage ne dévoile pas son secret.

Après le repas, alors que le roi se repose, la tête posée sur les genoux de sa bien-aimée, le griot entame la chanson. La reine se sent très mal à l’aise, elle demande au roi qu’il arrête le griot, elle le supplie en pleurant mais rien y fait, le roi veut écouter la chanson et bientôt des poils et des sabots apparaissent sur les belles jambes de la reine. En peu de temps, la voilà redevenue une ânesse qui braie, rue et pète. Le même sort frappe ses compagnes, et les hommes sortent bâtons et triques pour les maîtriser. C’est depuis ce temps que les ânes sont condamnés à peiner sous le soleil et les coups de bâtons, transportant jour après jour de lourdes charges.

Dès notre arrivée, le chef du village demande à un jeune garçon de préparer le thé, et assis sur la natte, non loin d’une jeune femme qui pile le mil et d’enfants qui nous dévisagent avec un air curieux, nous pouvons discuter un peu.

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