Manega, musée de la bendrologie, musée de la science du tam-tam parleur


Pour Pacéré Titinga, il n’était pas possible de parler de la littérature africaine sous certaines de ses formes en usant de concepts européens. C’est dans cette optique qu’il a essayé de forger un nouveau terme mixte, composé de bendré signifiant en moré « le tam-tam parleur » et de logie (du grec logos) renvoyant à « étude » ou « science ». La bendrologie est donc la science du tam-tam parleur. C’est cette science que maître Pacéré a essayé de développer, parce qu’en dehors de l’écriture et de la parole, il existe dans la société africaine, en général, et chez les  Mossé (ou Mossi) en particulier, d’autres moyens d’expression.

Discours de Joseph PARÉ à l’université de Laval, Président de l’Université de Ouagadougou, 2001

Le fondateur du musée, Me Pacéré Titinga

Si vous avez lu la citation (il faut lire la citation!), vous imaginez qu’on ne visite pas le musée de Manega comme n’importe quel musée. Manéga est le nom du village natal du Fondateur Pacéré Titinga, premier avocat africain. Pour lui, la culture et le sacré sont étroitement liés, le premier relevant du second.Dans la première salle, plusieurs murs lui sont consacrés : photo de jeunesse, en compagnie d’officiels lors de ses déplacements, en visite en France, ou ailleurs, copies des diplômes, etc…


La visite débute avec la légende fondatrice du peuple Mossis, l’histoire de la princesse guerrière Yennega. C’est en allant panser son cheval près d’une rivière qu’elle rencontre celui qui lui donnera un enfant, le premier Ouedraogo (signifiant « étalon »), roi des Mossis.

Vous lirez ici une autre légende liée à la cérémonie du faux départ du Mogho Naba, roi des Mossis.


Mais ce qui m’a le plus marqué dans ce musée, et c’était aussi le but de ma visite, c’est le « pavillon de la mort ». Dans cette longue salle, on entre à reculons, après s’être déchaussé. Dans des « cages », des scènes de rituels funéraires ont été reconstituées. Des mannequins portent des masques, qui ont la particularité d’avoir déjà « servi ». Le guide d’ailleurs nous annonce qu’il est interdit de photographier. Il raconte qu’à l’ouverture du musée, des caméramans avaient voulu filmer cette salle pour un reportage sans y parvenir. Le mécanisme d’enregistrement ne voulait pas s’enclencher…

Lorsqu’un initié meurt, deux poulets sont sacrifiés. A la façon dont il tombe sur le sol, le sorcier sait si la mort est naturelle ou non. Dans ce dernier cas, trois personnes portent le cadavre sur leur épaule, et c’est ce dernier qui dirige ses porteurs vers le coupable.

Une autre salle nommée Ya-Kouga est la salle des pierres tombales à effigie d’hommes. Imaginez-vous descendre un escalier pour arriver dans une salle dont les murs sont des miroirs. Tout autour de vous se dressent à l’infini reproduits à l’identique une centaine de pierres tombales, monolithes terreux et irréguliers desquels émergent à l’infini des têtes sculptés de terre ou de bois. Vous saisissez alors votre reflet, qui se reproduit au milieu du milieu de cet infini, debout et droit comme ces pierres tombales. On peut s’y perdre… Je passerais bien plus de temps dans cette salle pour méditer.. Le guide ajoute que trois personnes âgées sont mortes le soir de leur visite, à cause de cette pièce. En effet, elles croyaient y avoir vu leur âme.



Pour vous y rendre à partir de Ouagadougou, empruntez la R22 axe Ouagadougou-Kongoussi, au Nord de Ouagadougou.

Site officiel du musée

Wikipédia

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8 réflexions sur “Manega, musée de la bendrologie, musée de la science du tam-tam parleur

  1. Très bon article, bien mené et passionnant. On frissonnerait presque devant son ordinateur tant les légendes (?!) dont parlent cet article semblent encore bien présentes dans la culture et la vie des gens là-bas.
    Encore!

  2. Bonjour Marjorie!

    Contente d’avoir découvert ton site grâce à celui de Sandro. En fait, tu me rappelles de très bons souvenirs, ceux de séjour au Burkina. Après Ouaga, je suis descendue sur Banfora.
    Un peuple vraiment chaleureux, beaucoup de poésie dans leur quotidien, malgré tout.
    Le plus drôle, je suis québécoise pure laine et mon nom de famille est… Paré! Tu peux imaginer la tête des douaniers à mon arrivée…
    Merci encore pour les souvenirs, à plus!

    • Merci d’être passée par ici! ravie que mon blog te permette de te remémorer de bons souvenirs…
      Pour ma part, Banfora me rappelle mon premier palu. J’ai beaucoup visité ma chambre d’hôpital là-bas (5 jours complétement cassée) mais comme tu dis, les gens sont très chaleureux et j’ai été très bien entourée! Ca fait partie des périples du voyage… 🙂
      A bientôt!

  3. Bonjour !
    Voici un article qui nous emporte loin de notre ordinateur posé en Occident… Je me serais presque crue sur place avec toi, grâce à tes descriptions.
    Comme il a déjà été dit, on frissonne avec les visiteurs, dans ces chambres de la mort et des miroirs…
    Voilà qui donne une très belle image du Burkina !

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