Faut-il vraiment prendre un guide au Burkina Faso (ou dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest)?


Le panneau n'est pas toujours là pour signaler les lieux sacrés!

J’entends souvent de la part des voyageurs un peu expérimentés un peu de dédain lorsque la conversation roule sur le guidage et beaucoup de fierté dans la phrase « Moi, je ne prends jamais de guide ». Les mêmes (parfois) vont s’offusquer du comportement déplacé des autres voyageurs (comme se ballader torse nu sur le marché de Marrakech)…  Mais, combien d’impairs ou de boulettes ou même de marques d’irrespect vont-ils laisser aux habitants d’un village peul s’ils ne sont passés par un guide pour y pénétrer?

Toutefois, est-il nécessaire pour autant de suivre ce guide enrubanné de bleu comme un vrai touareg du désert dans les rues goudronnées de Ouagadougou, pour visiter toutes les boutiques de ses amis artisans? Non, bien sûr!

Alors, zou, répondons tout de suite à l’épineuse question :

Est-il nécesssaire de prendre un guide en Afrique?

A cela, je réponds oui et non!

  • Oui, si vous voyagez en pays Dogon au Mali (à moins de compter des dogons parmi vos amis, ou bien être soi-même volontaire  « peace corpce » en pays dogon, et encore). J’ai toutefois rencontré un couple de bulgares couchsurfers qui ont  voyagé dans cette merveilleuse région sans guide absolument (ça fait partie de leur projet de voyage autour du monde « sharing is everything« ). Après avoir planté leur tente sur une dune de la sable orange face à la mystérieuse falaise de Bandiagara dans les derniers rayons du couchant (je n’exagère pas, allez voir sur leur site), ils se sont retrouvés entourés de villageois furieux armés de machettes. Ils avaient sans le savoir traversé ou piétiné un lieu sacré. Or des lieux sacrés en pays dogon, il y en a partout ou presque, et il y a rarement une pancarte qui vous indique « ATTENTION LIEU SACRE, NE PAS MARCHER DESSUS ». Donc pour éviter de se retrouver dans une situation somme toute assez anxiogène vous en conviendrez, et de heurter violemment les croyances des habitants par une maladresse involontaire, on aura soin de prendre un guide.

    la mère du guide a bien voulu poser avec des grooosses boucles d'oreille en or, celles qu'on offrait pour les mariages.

  • Oui, si vous souhaitez faire des excursions, visiter des villages. En Afrique, l’espace du village est un espace presque privé. On y rentre un peu comme dans une maison, il faut avoir été invité ou introduit. Passer par un guide qui connaît les villageois, c’est déjà respecter la coutume et les traditions. Ensuite comme je l’explique dans cet article, très souvent, le touriste, le voyageur va payer une taxe. Et là, il faut bien savoir à qui la donner!Au chef du village, me direz-vous, c’est facile! Mais si le chef du village n’est pas là? Ou bien si quelqu’un vous indique non pas le chef du village mais le « frère du chef du village » ou « son oncle », en ajoutant « c’est pareil »? Eh bien, il y a de fortes chances pour que vous remettiez de l’argent à la mauvaise personne, que vous semiez un peu la zizanie et que les touristes, par la suite, ne soient plus vraiment les bienvenues.
  • Non, si vous visitez les grandes villes : pas besoin de guide pour visiter le grand marché de Ouagadougou, ou celui de Bamako. Pas besoin de guide non plus pour le village artisanal, ni le musée de la musique.

Comment bien choisir son guide?

Comme l’a justement dit Sandro (du très beau blog de voyage Tête de chat) un bon guide devient vite un « compagnon de voyage », voire un ami (eh oui, j’en ai deux des amis guides!)
Mais à quoi voit-on qu’un guide est bon? C’est un peu la question du bon et du mauvais chasseur… Aussi, voici quelques conseils, mais en la matière, « la lanterne de l’expérience n’éclaire que le sage qui la porte ».

  1. Consultez les forums des sites de voyageurs. Ceux du Lonely Planet ont même un forum consacré aux guides pour certains pays. Vous êtes sûr ainsi de ne pas tomber sur un faux guide qui n’hésitera pas à vous détrousser (ce qui peut arriver, malheureusement).
  2. Si vous avez un profil CS, inscrivez-vous à un groupe  du pays ou de la région que vous allez visiter et poser la question directement à ceux qui habitent sur place. C’est comme cela qu’on a trouvé un excellent guide en pays dogon.
  3. Passez par des agences, ou des circuits (moins « roots », plus cher)

Quelques recommandations et des conseils 

  • Négociez toujours les prestations du guide AVANT et mettez-vous bien d’accord sur ce que le prix comprend. Il y a souvent deux formules.
– Tout compris : transports, hébergements, 3 repas (sauf l’eau), visites, guidage, pour vous ET lui.
– Guidage uniquement. Très souvent, les guides n’aiment pas cette formule, car vous aurez à sortir de l’argent pour payer les repas, les nuités, etc… et le guide passe alors pour un « mauvais guide » (un guide qui « oblige » son client à débourser plus, car il a mal estimé les coûts).
Vous aurez souvent alors à signer un contrat, parfois réalisé sur un bout de papier déchiré, mais c’est un contrat!
  • Vous n’avez pas à débourser plus et en aucun cas le « guide » ne doit vous demander un supplément pour payer un autre « guide » ! Eh oui, j’ai déjà vu ça : un guide qui prend lui-même un guide, et de surcroît vous demande de le payer. En fait, c’était pas un guide, mais un escroc déguisé en rasta…
Enfin n’oubliez pas :
Les guides qui affichent le look rasta ne sont pas forcément plus cools que les autres!
Un bon guide n’est pas forcément un guide officiel.
Un guide du pays vous permettra de rencontrer sa famille, prendre le thé avec ses amis. Ce sont des occasions en or pour discuter et échanger!

Non loin de Djené

Et vous? Avec ou sans guide?

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11 réflexions sur “Faut-il vraiment prendre un guide au Burkina Faso (ou dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest)?

  1. J’ai plusieurs fois fait appel à des guides, et j’ai rarement été déçue. Effectivement, on fait surtout appel à eux pour aller là où on ne s’aventurerait pas seul, et puis j’apprécie surtout le côté interprète / conteur. C’est super de voir des paysages, mais c’est aussi bien d’essayer de comprendre la culture, l’histoire…

    Ils essaient de te faire le coup des magasins de souvenirs en Afrique ?

    • Oui! Tous les guides sans exception te proposent de passer par une ou plusieurs boutiques, sans t’y obliger, toutefois (sauf les « relous »). Ils ont des « accords » avec eux, ou bien ce sont des amis. Cela ne signifie pas non plus qu’ils touchent une commission sur ce que tu achètes, mais plutôt qu’ils amènent de la clientèle, car la concurrence est sévère. Et puis, si tu as un bon guide, tu peux lui demander son avis (discrètement), s’il est honnête, il te donnera les bonnes infos pour bien marchander!
      Ce qui est appréciable aussi, c’est d’être moins « embêté » par les vendeurs, ou tout simplement par tous les autres guides qui viennent te proposer leurs services!

      • Oh, s’ils n’obligent pas ça ne me dérange pas alors ! En Mongolie, la guide nous avait indiqué les artistes qu’elle préférait, et j’avais trouvé ça plutôt sympa. Mais je garde un souvenir assez traumatisé d’une journée en Chine où nous avions passé plus de temps dans un immense hall à souvenirs pour touristes (hors de prix, même les babioles), qu’au tombeau des Mings… Très frustrant ! (et il n’avait pas eu de pourboire, na !)

      • Ben oui, c’est ballot! Un bon guide ne nous frustre pas mais s’adapte à nos envies et à notre projet! Mais, même avec un peu d’expérience, on n’est pas à l’abri de tomber sur quelqu’un de peu scrupuleux… Ce que j’ai aimé aussi, ce sont les personnalités de certains guides, l’image qu’ils donnent. Ils ont souvent des surnoms « député », « papa africa »…

  2. Avec ou sans guide… hum bonne question. Pour le Burkina, j’ai été très chanceuse, j’avais des amis sur place à Banfora alors… quand même, lorsque nous sommes allés dans la réserve à la frontière du Ghana, nous avions un guide-chauffeur absolument génial!
    À Ouaga? Pas de guide.
    Ce que j’ai particulièrement apprécié à Banfora est que l’ami y habite depuis 10 ans donc, il connaît tout et tout le monde! Et un copain burkinabé est devenu notre « guide » privé durant le voyage; il connaît le pays et les endroits visités avec lui sont devenus prétextes à de belles histoires colorées!
    D’autant plus que mon nom de famille est… Paré! Tu imagines l’expression de certains burkinabés en voyant une blanche s’appeler Paré! Et lui ne se gênait pas pour en rajouter…!
    Donc un guide pour certains endroits oui, mais pas n’importe qui et surtout pas à n’importe quel prix!

    • Avec un nom de famille pareil, oui j’imagine bien que tu as due être reçue les bras deux fois plus ouverts qu’un simple toubab! Avoir un ami qui vit dans le pays, c’est bien sûr la meilleur solution. C’est vrai que dans les réserves, c’est mieux d’avoir un guide, voire parfois totalement indispensable! Je vais le rajouter!

  3. Au Népal, j’ai rencontré beaucoup de touristes qui considéraient le fait de prendre un guide pour les treks comme une hérésie. « Où est l’aventure?! » me disaient-il. Mais je suis tout de même partie avec un guide. Il m’a permis de rencontrer des villageois et en discutant avec lui pendant 4 jours, j’ai appris beaucoup sur les Népalais. Il était aussi un grand passionné des papillons et des oiseaux (pas ma tasse de thé). La première journée, je l’écoutais me parler des oiseaux « Common Sailor » tous les 10 minutes. La quatrième journée, je l’écoutais toujours, mais ça me demandait un effort. 3 mois plus tard, chaque fois que je vois un oiseau je pense « common sailor » et ça me fait marrer!

  4. Un trek sans guide, c’est en effet limite de l’hérésie 🙂

    Très bon article. Et j’aime le fait que tu pointes les « impaires » de tout voyageur, même avec la meilleure volonté du monde, on doit nous voir arriver à cent mètres parfois…

    NowMadNow

    • Ravie qu’il t’ai plu, cet article! Oui, souvent les gens ont une patience incroyable, surtout au Burkina car les relations entre les personnes sont très codifiées… par exemple faire une petite génuléxion quand on serre la main d’une personne importante ou plus âgée, toujours bien saluer les gens, même et surtout quand on demande sa route… Un guide permet de nous initier à ces coutumes et règles de « savoir-vivre ».

  5. Le problème en effet, c’est de trouver le « bon guide ». Les deux sont possibles mais on peut rater plein de choses à cause d’arrogance ou de manque de temps. Mais un guide a un prix et tout le monde ne l’intègre pas dans son budget voyage. Après chacun son territoire. Un guide de Bamako ou de Ouaga devra forcément passer la main au Pays Dogon. Malheureusement, le Pays Dogon n’est plus d’actualité.

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