Egill


Nous avons hebergé Egill (on l’a appellé Eric) quelques jours. Il est arrivé sur son vélo, en tout avec une vingtaine de kilos de bagages.

Du haut de ses 23 ans, cet Islandais, étudiant en sciences-politiques a voyagé en Afghanistan, au Burkina Faso, au Canada, au Danemark, en Egypte, en Angleterre, en Ethiopie, sur les Iles Féoré, en France, en Allemagne, en Guinée, en Guinée Bissau, en Inde, en Iran, en Jordanie, au Kenya,au  Liban, au Mali,au  Maroc, au Pakistan, au Sénégal, en Sierra Leone, en Somalie, en Espagne, au Soudan, en Suède, en Syrie, en Gambie, en Ouganda, et au Yemen.

Il a un porte folio sur un internet avec plein de photos de ses voyages : www.austurlandaegill.blog.is/album

Peux-tu te présenter?

Je m’appelle Egill et je voyage en Afrique de l’Ouest depuis 5 mois à vélo. Je suis parti de Dakar, et j’ai traversé le Sénégal, la Gambie,  la Guinée-Bissau, la Guinée Conakry, la Sierra Leone, le Mali, et maintenant le Burkina Faso.

Qu’est-ce qui t’a décidé à partir en Afrique?

En fait, je suis déjà allé en Afrique, mais seulement à l’Est. J’ai beaucoup aimé, c’est un très bon endroit pour photographier. C’est ce que je fais quand je voyage, je photographie, j’ai un porte-folio. Donc, je suis venu en Afrique de l’Ouest pour photographier et pour faire un beau voyage à vélo. Car c’est aussi un excellent endroit pour vivre des aventures!

Une anecdote de ton voyage?

Oui, le premier jour de mon voyage, en sortant de Dakar! La ville est construite sur une péninsule et il n’y a qu’une route d’entrée et une de sortie, ce qui rend les choses très difficiles! Je ne souhaite cette expérience à aucun cycliste. J’étais sur le vélo, vraiment très confiant, je me disais que tout allait bien se passer et une seconde plus tard je me suis trouvé projeté violemment par terre par un bus! Heureusement, je n’ai rien eu de grave. Mais ma confiance a été un peu altérée jusqu’à ce que je croise une quarantaine de cyclistes africains en maillots jaunes, du club des cyclistes de Dakar, et nous avons fait un bout de chemin ensemble! Dans un voyage, il y a toujours un équilibre qui s’instaure. Si les choses semblent aller mal, la chance revient, comme par surprise!

Quelles ont été les réactions des gens que tu as croisés au cours de ton voyage? (une question de Pavel)

Les gens ont souvent été très surpris. On m’a beaucoup demandé pourquoi je faisais ça. C’était dur pour certains de comprendre que je ne faisais pas ce long  voyage pour aller vendre quelque chose, une chèvre ou un poulet! Mais j’ai trouvé les gens très sympas en Afrique de l’Ouest, même si je ne parle pas très bien français.

Quelque chose que tu as particulièrement aimé en Afrique de l’Ouest?

(sans hésiter) Le bissap (c’est une boisson composée d’eau, de sucre, parfois de menthe et de fleurs d’oseille rouge, qu’on trouve en France sous le nom d’Hibiscus). J’ai aussi aimé le fait que cette région ne soit pas encore touchée par la globalisation, encore peu développée. C’est un peu comme voyager dans le temps, j’ai trouvé cela intéressant. Il y a beaucoup de beaux endroits, qui n’ont pas encore reçu beaucoup d’attention. En Guinée Conakry, il y a cette région montagneuse, et puis aussi en Guinée Bissau, en Sierra Leone, j’ai voyagé sans croiser un seul touriste.

Et quelque chose que tu n’as pas aimé?

Voyager sans beaucoup d’argent, ça peut être frustrant, car tous les produits de luxe sont très chers (l’eau en bouteille, par exemple). Parfois, on se sent frustré par le manque de choses, le manque de confort.

As-tu appris quelque chose?

J’ai appris à changer une chambre à air! Non, je plaisante, en fait, j’ai appris quelque chose tous les jours, que je l’apprécie ou non! Mais en voyageant à vélo, en dormant dans les petits villages, j’ai appris beaucoup sur la vie quotidienne des gens ici.

Est-ce que tu as des conseils pour les voyageurs qui veulent voyager en Afrique à vélo?

Je dois dire que dans ce domaine, j’étais complétement inexpérimenté! Bon, maintenant 5 mois plus tard, je dirai qu’il ne faut pas se sentir découragé si on n’avance pas aussi vite qu’on l’aurait voulu, parce que les routes sont mauvaises! Et puis surtout, prenez du poids avant de partir car vous en perdrez beaucoup, vous serez malade certainement et puis vous serez lassé de manger tout le temps du riz. Sinon, j’ai pratiquement toujours dormi dans ma tente, ce qui n’a jamais posé aucun problème. Dans les petits villages, j’avais toujours avec moi du sucre et du thé, pour pouvoir l’offrir aux villageois qui partageaient leur repas avec moi. Les gens sont très généreux et hospitaliers en Afrique, même s’ils n’ont pas grand chose.

J’ai décidé de ne pas emporter de gazinière, on trouve beaucoup de « street food ». Mais j’ai toujours transporté avec moi un peu de nourriture (arachides, bananes, et une boîte de sardines d’urgence). Pour l’eau, il n’y a pas eu de problème, dans la plupart des cas, elle était bonne à boire. C’est toujours mieux de la prendre à la pompe qu’au puits. Si l’eau était un peu sale, j’utilisais un stylo lazer (Stéripen) pour tuer les bactéries. Les comprimés du genre aquapure donne le cancer de la gorge.

Les gens doivent sûrement penser que c’est dur d’aller en Afrique, sans véritable plan, sans expérience du voyage à vélo, mais je pense que c’est mieux de voyager comme ça au jour le jour, d’avancer lentement, parce que c’est épuisant d’avoir à démonter la tente chaque matin. Il vaut mieux prendre son temps et voyager agréablement. Enfin, moi, je préfère voyager comme ça, sans savoir où j’irai le lendemain.

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7 réflexions sur “Egill

  1. Alors ça c’est du témoignage comme j’aime !
    À 23 ans, jamais j’aurais pensé faire un truc comme ça… Il a fallut bien plus de temps pour que le déclic se produise.

    Ah vraiment j’aurai aimé être avec vous, juste pour lui poser quelques centaines de questions en plus 😉

    Merci pour le partage.

      • Bon je ne voudrais pas te monopoliser le blog, non plus…
        Mais j’aimerais beaucoup savoir comment cela s’est passé aux frontières avec le vélo, bakchich pas bakchich ? Des taxes ? Des autorisations ? Pour exemple, en Chine il est pratiquement impossible de traverser les frontières à vélo, quand c’est possible, il faut le mettre dans un taxi (ou bus, jeep, etc.) traverser, et reprendre le vélo ensuite… Est-ce qu’il y des trucs du genre en Afrique ?
        Pour le Yemen, c’était il y a combien de temps ? À vélo ? Quel était l’accueil (en dehors de Salaa) ?
        Pour le Kenya, je sais qu’il est très facile d’y voyager avec un « tour » (assez cher d’ailleurs) est-ce qu’il y est allé en routard ? À vélo ? Si oui, comment s’est déroulé le séjour hors des sentiers battus ?
        Le Liban c’était à vélo ? Si oui, quel accueil a-t-il reçu, et est il facile d’y circuler sur deux roues ?
        Et bien sûr l’Afghanistan, quel genre de trip c’était ? Routard ? Vélo ? Humanitaire ? Qu’est-ce qu’il en a retiré ? Et surtout, après avoir fait un bout de chemin là-bas, quel est son ressenti sur ce que nous balancent/rabachent les médias ? Y voit-il plus clair ? Ou moins ?..
        Je m’arrête là, vaut mieux, car sinon je vais y passer la nuit…

        A+ et merci d’avance !

      • Ce voyage-là (en Afrique de l’Ouest) a été son premier à vélo. Pas de bakchich, car il avait du temps (mais dans ce cas, il faut attendre un peu, discuter).
        Tous les autres voyages étaient en transport en commun.
        Pour le Yemen, c’était l’année dernière, les gens étaient très chaleureux. C’est une de ses destinations favorites. C’est dur de voyager là-bas, car beaucoup d’endroits sont fermés aux touristes et il faut obtenir des autorisations.
        Au Kenya, c’est très facile de voyager pour un touriste seul, il y a beaucoup de choses à voir et à faire, les infrastructures touristiques sont nombreuses et bonnes.
        Le Liban est unique au Moyen Orient, c’est très agréable, on est au Moyen Orient mais c’est différent, multi-culturel.
        Enfin l’Afghanistan, c’était un morceau d’un voyage plus vaste « de l’Inde au Liban »,il y est allé par par le Khyber pass. Il y est resté 6 semaines, de là, il est allé en Iran. C’était un voyage en général assez facile, même si les routes étaient très mauvaises (6 ou 8 heures pour faire 200 km) mais il pense que ça a dû changé depuis (c’était en 2008). Il n’a eu aucun problème, s’est senti assez en sécurité, avec l’impression que les gens autour veillaient sur lui. Tous les combats sont dans des zones limitées, il n’y a pas assisté. C’est un peu comme voyager dans le temps, où les seuls produits de la globalisation était des kalashnicovs et le Coran. C’est un endroit intéressant à visiter, mais moins pour y vivre.
        Je t’envoie son mel, si tu visites ces pays, il pourra répondre à tes questions!

  2. Merci à toi pour cet article vraiment ébouriffant!
    Et merci à Sandro pour toutes ses questions supplémentaires (Tête de chat commence-t-il à penser à un autre continent…? Mystère)

    Il n’a que 23 ans…?! C’est une sacrée source d’inspiration un tel parcours, j’aime beaucoup!

    NowMadNow

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